Question orale d’Aurélie Czekalski, conseillère communale:

À l’agenda du Conseil des ministres du 22 avril 2021, figurait la vente pour un euro symbolique de terrains sis rue du Keyenbempt[1] à Uccle à la SLRB en vue d’y développer un projet de logements.

J’ai dès lors interrogé la Secrétaire d’État au logement, Madame Ben Hamou. Dans sa réponse du 2 juillet dernier, elle évoquait les éléments suivants. Le Conseil des Ministres ne s’était prononcé à l’époque ni sur une étude de faisabilité, ni sur un nombre de logements. La SLRB était au moment de sa réponse en contact avec Bruxelles Environnement afin d’évaluer plus finement la programmation du projet, notamment en matière environnementale. Une fois que cela sera fait, le Gouvernement pourrait valider le projet ainsi que son coût. 

La SISP BinHôme sera le futur gestionnaire des logements locatifs. Le CLTB (Community Land Trust Bruxelles) est pressenti comme partenaire pour les logements acquisitifs. Depuis la réunion conjointe Commune-SLRB-SISP qui a été organisée en décembre 2020, quels ont été les contacts entre la Région et la commune d’Uccle ? Quelles en sont les conclusions ?

Depuis, nous avons pu prendre connaissance que pour la Commune d’Uccle et les habitants, il s’agit clairement d’un projet démesuré de logements sur une parcelle non bâtie qui est parsemée de potagers. Les riverains craignent la destruction de ce morceau de nature situé au cœur de la ville. Dans cette réserve, on trouve le ruisseau du Geleytsbeek, le moulin classé de Nekkersgat et des potagers familiaux. Le Keyenbempt fait aussi partie de la Promenade Verte autour de Bruxelles. Une pétition[2] a été lancée par des riverains d’ailleurs et avait récolté quasiment 2400 signatures à la mi-octobre.

Il s’agit d’un projet de grande ampleur pour lequel la Région sera chargée de délivrer ou non, le permis en temps utile. Il y aura une analyse des incidences environnementales et une enquête publique. Il est important pour les Ucclois de maintenir leur qualité de vie et de maintenir les espaces verts de qualité qui y sont présents. De plus, il ne faut pas négliger, que cet endroit est une zone inondable. Quel avis sera rendu par la Commune au sujet de ce projet ? 

Je vous remercie d’ores et déjà pour vos réponses et pour le suivi que vous accorderez à cette demande.

Aurélie Czekalski, conseillère communale – groupe MR.

Réponse de M. Jonathan Biermann, Echevin en charge de l’urbanisme

  1. La SLRB a présenté au Collège, en décembre 2020,  son intention de développer un projet de 92 logements sur la plaine non bâtie du Keyenbempt appartenant à la Région.

Le Collège en a pris acte et émis des réserves.

Depuis, aucun contact n’a été pris avec la commune et à notre connaissance aucune demande de PU n’a été introduite.

Il est à noter que l’autorité délivrante est l’administration régionale de l’urbanisme.

A notre sens, compte tenu des caractéristiques des lieux, de l’ampleur du projet, de la proximité de sites classés et de la promenade verte, une instruction complète nécessitera une étude d’incidence environnementale.

2. L’accessibilité du logement en région bruxelloise est une problématique constante, et le gouvernement bruxellois en a fait, à juste titre, une priorité.

La région doit avoir la capacité de maintenir sur son territoire ses jeunes et ses travailleurs. Elle doit être capable de développer et rénover ses logements sociaux, dans des conditions de logement qualitatives, et énergétiquement performantes. Elle y consacre d’importantes ressources.

Mais aussi des logements moyens afin de maintenir les jeunes familles sur notre territoire, évitant ainsi l’exode de la classe moyenne vers la périphérie, créant un appauvrissement de la région et la problématique de la mobilité et des navetteurs.

Pour ce faire, dans le cadre de l’Alliance Habitat et désormais du Plan d’Urgence Logement, la Région, la SLRB et les SISP déploient de nombreux projets (pour la plupart non encore soumis à demande de PU) en vue de créer plus de 350 nouveaux logements publics rien qu’à Uccle (Homborchveld 90, SFAR Alsemberg 74, Keyenbempt 92, Vervloet 37, Fond du logement 14).

Ces projets, portent tous sur des parcelles non bâties, appartenant à la Région.

En agissant de la sorte, nous considérons que la Région se trompe d’outil et de stratégie.

3. Dans leur arsenal pour développer du logement, les pouvoirs publics disposent d’autres moyens que la construction sur des parcelles non bâties:

  • D’abord, les outils de rénovation urbaine (Politique de la Ville, axes 1 et 2) permettent de procéder à des expropriations d’immeubles inoccupés ou insalubres pour les rénover et les destiner au logement social.
  • Ensuite, les Agences Immobilières Sociales permettent d’appliquer des loyers sociaux à des biens appartenant à des particuliers. L’AISU en gère ainsi plus de 200. Toutefois, le loyer payé au propriétaire, bien que complété par un subside régional, présente un différentiel très important avec les prix du marché de la location à Uccle, de l’ordre de 25% pour les logements 1 chambre et jusqu’à 40% pour les 3 chambres.
  • Enfin, les charges d’urbanisme portant sur des projets de plus de 1.000 m2 permettent de conventionner 15% des logements créés, c’est-à-dire les intégrer aux politiques de logement public. Les grands projets en phase d’esquisse ou de procédure atteignent actuellement près de 1000 logements projetés à Uccle, soit une possibilité de 150 logements conventionnés financés entièrement par le secteur privé.

Les AIS et les charges d’urbanisme sont des outils extrêmement efficaces, qui présentent une vertu supplémentaire: ils intègrent les logements sociaux dans des ensembles de logements moyens, assurant ainsi une bonne mixité sociale et évitant un phénomène de ghettoïsation.

4. Les projets régionaux s’inscrivent en effet dans un tissu socio-économique relativement homogène. 

Le Homborch est un quartier social, et sa densification entraîne des besoins supplémentaires en termes de cohésion sociale et d’investissement public.

Le Keyenbempt et le projet Vervloet se situent à côté de la cité du Melkriek, à un pas de la zone de revitalisation urbaine du Merlo et de la chaussée de Neerstalle.

La commune prend sa part dans cet effort, et il faut reconnaître que le taux de logements sociaux à Uccle est l’un des plus bas de la Région, mais nous privilégions d’autres outils que la construction sur des parcelles qui participent au caractère très qualitatif de notre environnement.

La Région devrait rendre prioritaires ses actions de soutien à l’AISU et au logement conventionné, mieux répartis sur notre grand territoire communal,  ainsi qu’à la réhabilitation de chancres urbains, d’anciens sites industriels ou de bureaux.

5. En projetant de construire au Keyenbempt, la SLRB se fonde sur le PRAS qui l’affecte en zone d’habitat.

A ce stade, le Moulin du Nekkersgat et le Bois du Kinsendael sont classés mais pas la plaine du Keyenbempt.

La SLRB semble ignorer que ce site présente un intérêt environnemental exceptionnel.

C’est certainement ce qui a poussé le Région en 2006 à confier sa gestion à Bruxelles Environnement qui y a développé des parcelles potagères, de la permaculture, la gestion du Geleytsbeek et de la zone humide.

Ce site, au-delà de son esthétique, est un lieu majeur de cohésion sociale, pour les riverains et les écoles avoisinantes.

En outre, la nappe phréatique affleurant dans le quartier a contraint de nombreux constructeurs à revoir leurs techniques constructives, nécessitant des investissements onéreux et rendant la création de sous-sols impossible.

6. La Région et la SLRB commettent une erreur manifeste d’appréciation.

Si le Keyenbempt mérite une étude de faisabilité, ce n’est pas sur son urbanisation qu’elle doit porter mais sur l’opportunité de son classement.