Question orale de Marion van Offelen, conseillère de police. Les vols par ruse suscitent une inquiétude croissante parmi les habitants, en particulier chez les personnes âgées ou isolées, et plusieurs signalements récents donnent le sentiment d’une recrudescence.
Un cas survenu récemment dans mon quartier en illustre la gravité : un individu se faisant passer pour un employé de banque a contacté une habitante en évoquant de prétendus mouvements suspects sur ses comptes. Il s’est ensuite présenté à son domicile en soirée, a obtenu ses cartes bancaires ainsi que ses codes PIN et a pu effectuer des virements de montants importants. La police a été contactée et est intervenue rapidement.
L’information a été relayée dans le groupe WhatsApp du Partenariat Local de Prévention du quartier, accompagné de conseils de vigilance. Cette diffusion rapide a permis d’alerter les riverains et montre concrètement l’utilité de ce dispositif de proximité.
Ces vols par ruse reposent sur l’usurpation d’identité — faux employé de banque, faux policier, faux technicien ou faux livreur — et visent souvent des personnes vulnérables. Au-delà du préjudice financier, l’impact psychologique pour les victimes est particulièrement lourd.
Lors de la précédente mandature, j’étais déjà intervenue à ce sujet et une campagne d’information sur les vols à la fausse qualité avait été menée et relayée localement.
Au vu des signalements récents, il me semble important de disposer d’une situation actualisée et de renforcer la prévention.
Je souhaiterais dès lors obtenir des précisions sur trois points :
Premièrement, l’évolution du phénomène : combien de faits ont été enregistrés ces deux dernières années dans notre zone et observe-t-on actuellement une recrudescence ? Quel est le niveau d’identification et d’interpellation des auteurs ?
Deuxièmement, les méthodes utilisées : quelles formes de vols par ruse sont aujourd’hui les plus fréquentes et certains publics ou quartiers sont-ils davantage ciblés ?
Troisièmement, la prévention : quelles actions spécifiques la zone de police mène-t-elle actuellement ou compte mener (le cas échéant, en collaboration avec les Communes), notamment à destination des seniors et des personnes vulnérables ? Une communication coordonnée avec les Partenariats Locaux de Prévention ucclois est-elle envisagée afin de diffuser largement des conseils de vigilance et de renforcer encore leur rôle d’alerte de proximité ?
Réponses formulées par le Chef de corps :
« Les faits de fraudes et d’escroqueries, et en particulier les vols par ruse, suscitent légitimement une inquiétude croissante au sein de la population, notamment chez les personnes âgées ou plus vulnérables.
1. Évolution du phénomène
De manière générale, les infractions liées aux escroqueries et aux fraudes, en particulier sur Internet, connaissent une augmentation structurelle d’environ 5 % par an. À l’inverse, des délits plus traditionnels tels que les cambriolages, les vols de ou dans les véhicules sont, eux, en diminution ces dernières années.
Cette évolution confirme une tendance de fond : la criminalité se déplace de plus en plus vers le virtuel, où les gains sont potentiellement plus élevés et les risques judiciaires perçus comme plus faibles par les auteurs.
Depuis environ deux ans, nous observons en outre un nouveau modus operandi, davantage localisé, y compris à Bruxelles :des suspects se font passer pour des employés de banque via des techniques de spoofing téléphonique, contactent principalement des personnes âgées en prétextant une fraude en cours, puis envoient un coursier récupérer cartes bancaires et codes PIN. Les auteurs procèdent ensuite rapidement à des retraits et virements, occasionnant parfois des préjudices de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Plusieurs dizaines de faits de ce type ont été enregistrés dans notre zone de police, mais également dans d’autres zones bruxelloises. Notre service local de recherche a ouvert immédiatement des enquêtes qui ont permis d’élucider plus de la moitié des dossiers, en étroite collaboration avec le parquet. Celui-ci a été sensibilisé à la problématique et en a fait une priorité de suivi.
2. Méthodes utilisées et publics ciblés
Les formes d’escroqueries les plus fréquentes restent :
- le phishing (hameçonnage),
- les fausses notifications de colis ou de factures diffusées par SMS, WhatsApp ou e-mail.
Les personnes âgées demeurent les cibles privilégiées, mais il est important de souligner que toutes les catégories de la population sont concernées, y compris des publics plus jeunes, comme la génération Z, que l’on aurait pu penser mieux armée face à ce type de fraude.
Il n’apparaît par ailleurs aucune concentration géographique particulière : aucun quartier n’est spécifiquement ciblé.
3. Prévention et actions menées
La prévention reste le levier le plus efficace, même si nous constatons que, malgré des campagnes récurrentes, les scénarios frauduleux sont de plus en plus sophistiqués et convaincants, ce qui explique que des victimes continuent de tomber dans le piège.
Certaines avancées ont été réalisées, notamment du côté bancaire, avec l’identification automatique de certains comptes lors des virements. Néanmoins, les banques demeurent, à ce stade, des partenaires encore insuffisamment efficaces en matière de détection en temps réel, malgré le recours à l’intelligence artificielle.
Dès lors, il est indispensable de poursuivre et renforcer les campagnes de sensibilisation. À cet égard, une nouvelle campagne de prévention est prête pour notre zone de police. Elle sera diffusée prochainement :
- via les réseaux sociaux, notamment Facebook,
- et en collaboration avec les Partenariats Locaux de Prévention (PLP), afin de toucher au plus près les habitants et de renforcer leur rôle d’alerte et de relais de vigilance. »
