Interpellation de Mme Marion Van Offelen.

En janvier 2017, avec mon collègue Daniel Hublet, j’avais proposé au Collège, que les monuments funéraires ucclois soient davantage mis en valeur pour que les passants, les visiteurs, les écoliers en comprennent la signification. Il était proposé qu’à côté de chaque monument, on place un panneau explicatif et un QR code renvoyant au site internet de la Commune. Ceci existe déjà dans plusieurs communes bruxelloises et ailleurs en Belgique.

Cette proposition a reçu un accueil favorable du Collège et a été soutenue par le Conseil Communal. Elle a très rapidement fait l’objet d’une mise en œuvre, ce dont nous nous sommes réjouis. En effet, la Commune a contacté le Cercle d’histoire et d’archéologie d’Uccle qui a préparé les textes et un appel d’offres a été lancé pour la confection des panneaux. Mais il semble qu’il y ait eu des soucis avec la firme qui a été sélectionnée.

Je voudrais rappeler pour les nouveaux conseillers communaux la signification de cette proposition.

 Chaque année, lors des cérémonies du 1er novembre, la Commune d’Uccle rend hommage aux victimes militaires et civiles des deux Guerres Mondiales par un dépôt de fleurs devant différents monuments. 

Ce patrimoine commémoratif est particulièrement riche à Uccle. 

Citons d’abord le monument du square des Héros, érigé à la mémoire des soldats ucclois morts pendant la Grande Guerre; ensuite, les statues évoquant des personnalités, telles que le Roi Albert Ier, Sir Winston Churchill et Edith Cavell ou encore, le monument érigé à la mémoire des évadés de guerre au square Marlow et le monument aux anciens du Tomberg, situé dans le quartier du Homborch. Il est aussi rendu hommage à des femmes et des hommes moins connus qui, pendant la guerre, suite à des actes héroïques, ont perdu la vie. 

Mais que sait le public des circonstances de leur sacrifice ? Qui étaient ces évadés, ces anciens du Tomberg, ces hommes et ces femmes ? Qu’ont-ils fait pour être arrêtés, torturés, fusillés, pendus ou décapités ? Quelles ont été les circonstances de leur mort tragique? Sur les monuments, rien n’est indiqué à ce sujet. On s’interroge et on reste sans réponse.

Chaque année, le 1er novembre, une famille attend le cortège devant le mémorial Raindorf, au Dieweg, à l’entrée du parc du Wolvendael. Il s’agit de la fille de Maurice Raindorf accompagnée de ses enfants, petits-enfants, frères et sœurs. Cette femme nous a expliqué que ses parents faisaient partie d’un réseau de résistants. Son père et sa mère ont été arrêtés par les Allemands et emprisonnés. Sa mère, enceinte, a pu être libérée. Par contre, son père a été torturé et, comme il ne dénonçait pas ses amis, il a été décapité. Cette femme est née alors que son père était prisonnier. Elle n’a pas connu ce père, héros de la guerre. 

Mon collègue Daniel Hublet et moi-même avons été fortement interpellés par ce témoignage, d’autant plus que nous sommes tous les deux des descendants d’anciens Bourgmestres ucclois qui, eux aussi, se sont illustrés durant la seconde guerre mondiale. 

Mon père, Jacques Van Offelen, a fait partie, comme Maurice Raindorf, d’un réseau de résistants. Pendant la guerre, à Anvers, où il a passé sa jeunesse, avec ses amis, il a rédigé, imprimé et distribué la nuit un journal clandestin, virulent à l’égard des collaborateurs. Après la guerre, il fut décoré de la médaille de la Résistance.

Le grand-père de Daniel, Jean Herinckx, Bourgmestre durant cette même guerre, fut en 1942 révoqué par l’occupant pour ensuite poursuivre dans la Résistance et la clandestinité ses activités patriotiques de soutien à la population. Pour son action durant la guerre en faveur des juifs ucclois, il fut d’ailleurs nommé « Juste parmi les nations ».

Nous sommes conscients que le sens de ces monuments de notre espace public n’interpelle plus le passant. Saisit-il vraiment la portée émotionnelle des monuments ? Les ucclois d’aujourd’hui se sont appropriés ces édifices sans toujours les comprendre, quitte à n’y voir qu’un élément de mobilier urbain. Certes, des cérémonies continuent d’être organisées chaque année, avec parfois un certain faste comme celle du 1ernovembre. Mais dans une société où il n’y a pratiquement plus d’anciens combattants, la fonction de passeur de mémoire est appelée à évoluer ou disparaître.  

C’est pourquoi, je souhaiterais savoir si les problèmes de mise en oeuve de notre proposition ont pu être résolus ou le seront dans un avenir proche. J’espère que, si c’est encore possible, ces panneaux puissent être réalisés et placés à temps pour notre prochaine cérémonie du 1er novembre. 

Par ailleurs, je souhaiterais que l’annonce et le programme des cérémonies du 1er novembre soient plus largement diffusés via le Wolvendael, la page Facebook et le site internet de la Commune en invitant les ucclois, jeunes et moins jeunes, et les écoles à nous accompagner, lors du dépôt de fleurs aux monuments. 

Je vous remercie.

Marion Van Offelen